Préparer son départ : pourquoi choisir de vivre sa retraite à l’étranger ?
De plus en plus de Français franchissent le cap : une fois la vie active terminée, beaucoup envisagent de s’installer dans un autre pays pour leur retraite. Recherche de soleil, coût de la vie plus doux, envie de découvrir de nouveaux horizons ou de rejoindre de la famille à l’étranger : les raisons sont multiples. Mais vivre une retraite sereine hors de France demande une préparation rigoureuse. Pour éviter les mauvaises surprises et partir l’esprit libre, il s’agit d’anticiper chaque étape, des démarches administratives au suivi de la santé, en passant par la fiscalité et la gestion des droits sociaux.
Évaluer son projet : bien réfléchir avant de s’expatrier
- Choix du pays : langue, climat, coût de la vie, qualité du système de santé, sécurité, distance avec la France et accessibilité pour les proches. Une enquête préalable s'impose, notamment sur les conditions de séjour des retraités.
- Mode de résidence : souhaite-t-on vivre toute l’année à l’étranger, ou plutôt alterner entre France et pays d’accueil ? Résidence principale ou secondaire ? Chaque configuration entraîne des conséquences fiscales et administratives différentes.
- Statut du futur expatrié : bénéficier d’une retraite publique, complémentaire, ou d’un régime spécial relève parfois de démarches différentes selon les conventions internationales signées par la France avec le pays choisi.
Quelles démarches administratives avant le départ ?
Prévoir son départ nécessite de s'organiser bien avant la date fatidique. Voici les étapes à ne pas négliger :
- Informer sa caisse de retraite
Signalez votre projet auprès de votre (vos) caisse(s) de retraite : Cnav, Carsat, Agirc-Arrco (retraite complémentaire), caisses de régime spéciaux ou indépendants... Indiquez le pays d’installation, votre nouvelle adresse et vos coordonnées bancaires à l’étranger si besoin (voir plus bas pour le virement international). - Vérifier les conventions bilatérales
La France a signé des accords de sécurité sociale avec de nombreux pays (Espagne, Portugal, Maroc, Canada, etc.). Ces conventions facilitent le versement des pensions, la protection maladie et le transfert des droits. Renseignez-vous auprès du Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (CLEISS) pour connaître les spécificités selon votre destination. - Actualiser sa situation fiscale
Si le départ est définitif, il faudra prévenir le Service des impôts des particuliers non-résidents. Vous changez de centre fiscal, mais la fiscalité dépendra de votre statut de résident ou non-résident en France (voir plus bas). - Préparer les démarches administratives locales
Certaines formalités sont à effectuer dès l’arrivée dans le pays d’accueil : déclaration de résidence, inscription au registre des Français établis hors de France via le consulat, ouverture d’un compte bancaire local, démarches pour obtenir un visa de long séjour ou permis de résidence, selon la réglementation du pays.
Paiement de la retraite à l’étranger : mode d’emploi
- Versement des pensions : La majorité des caisses françaises verse la retraite à l’étranger, chaque mois ou chaque trimestre, le plus souvent par virement international en euros ou en devise locale (attention aux frais bancaires).
- Justificatif d’existence : Chaque année (parfois plus), le retraité expatrié doit transmettre un « certificat de vie » à chaque caisse de retraite. Ce document vise à éviter les fraudes et confirme que vous êtes toujours en vie. Il est à faire remplir par une autorité locale compétente (mairie, consulat, autorité de police…)
- Mise à jour des coordonnées : Prévenez toujours les caisses de tout changement d’adresse ou de compte bancaire à l’étranger, sous peine de suspension des paiements.
Couverture santé : rester protégé sous d’autres latitudes
La question de l’assurance maladie à la retraite à l'étranger est centrale. Le transfert de ses droits varie énormément selon le pays d’accueil.
Si vous partez dans un pays de l’Union européenne (UE) ou de l’Espace économique européen (EEE)
- La carte européenne d’assurance maladie (CEAM) n’est plus suffisante en cas d’installation longue. Vous devrez demander le formulaire S1 à votre caisse française pour être affilié au régime local et bénéficier de la prise en charge des soins, dans les conditions du pays de résidence.
- Vos ayants droit suivent en principe le même régime, mais certaines démarches varient (renseignez-vous avant le départ).
Si vous partez dans un pays hors UE/EEE
- Avec accord bilatéral (Maroc, Tunisie, Québec, Turquie, etc.), vos droits santé peuvent être maintenus ou transférés en tout ou partie, sous conditions.
- Sinon, vous n’êtes plus affilié automatiquement à la Sécurité sociale française. Il est souvent nécessaire de souscrire une assurance santé internationale ou à la Caisse des Français de l’étranger (CFE), qui permet de continuer à bénéficier d’une couverture et/ou faciliter le retour en France.
- Dans tous les cas, il est conseillé de vérifier le niveau de la couverture locale
et de souscrire si nécessaire une complémentaire internationale pour pallier les potentiels restes à charge, notamment pour l’hospitalisation ou le rapatriement.
Quel impact sur la fiscalité ?
Statut fiscal : résident ou non résident ?
Si vous quittez la France définitivement, vous devenez en principe « non-résident » fiscal, sauf si vous y laissez votre foyer principal ou le centre de vos intérêts économiques. Vos pensions, perçues depuis la France, restent imposables en France sauf dispositions contraires des conventions fiscales (auquel cas elles seront imposées dans le pays d’accueil).
- Déclaration : Le départ doit être déclaré au fisc français, et au fisc local à l’arrivée.
- Taux d’imposition : Les non-résidents bénéficient d’un taux minimum (souvent 0 % ou 12,8 % ou 20 % selon la tranche et le type de pensions) pour les pensions de source française. Si un accord est signé, la double imposition est proscrite (via crédits d’impôts ou exonérations).
- Impôts locaux : Attention, quitter la France peut avoir des conséquences sur l’exonération ou l’application de la taxe d’habitation ou la taxe foncière sur un logement conservé en France.
Prendre soin de ses droits sociaux et de sa succession
À l’étranger, certains droits diffèrent ou évoluent :
- Chômage, aide au logement, complémentaire santé : La plupart des prestations sont supprimées lors d’un départ hors de France. Renseignez-vous si vous touchez de l’ASPA, l’ASI, la CMU ou équivalent : ils sont supprimés en cas de départ prolongé.
- Succession : Vivre à l’étranger peut modifier l’application des droits de succession. Il est recommandé de contacter un notaire ou expert juridique pour vérifier les conséquences en fonction du pays de résidence et de vos héritiers.
Check-list pratique : préparer son départ pas à pas
- Six mois à un an avant le départ :
- Évaluer la destination et visiter sur place.
- Informer caisses de retraite, centre des impôts, mutuelle, banque.
- Se renseigner auprès du CLEISS sur les conventions en vigueur et auprès du consulat français du pays concerné.
- Comparer les assurances santé internationales et souscrire le cas échéant.
- Organiser son déménagement et la gestion de son logement en France.
- Un à deux mois avant le départ :
- Finaliser vos démarches d’éventuel changement de résidence principale.
- Informer vos caisses du lien bancaire pour le versement de vos pensions.
- Effectuer vos vaccinations, organiser la continuité des traitements médicaux.
- S'assurer de disposer de tous les certificats nécessaires : S1, justificatif d’existence, certificats de pension, etc.
- Arrivée dans le pays d’accueil :
- S'enregistrer auprès du consulat français et des autorités locales.
- Ouvrir un compte bancaire local, assurer la liaison avec vos caisses et organismes français.
- Faire actualiser ou traduire vos principales pièces (passeport, livret de famille, attestation de pension, actes d’état civil) si nécessaire.
- Chaque année :
- Envoyer à temps le justificatif d’existence à chaque caisse.
- Actualiser vos informations auprès des organismes sociaux & fiscaux.
- Renouveler (et adapter si besoin) la couverture santé internationale ou locale.
Retours d’expériences : ceux qui ont franchi le pas témoignent
- Monique, 66 ans : « Je suis partie m’installer au Portugal après une carrière dans l’Éducation nationale. J’ai anticipé six mois à l’avance et j’ai découvert deux démarches inconnues : la déclaration au fisc local et l’obligation annuelle du certificat de vie. »
- Marc, 71 ans : « Vivant au Maroc, j’ai dû choisir une assurance santé locale mais j’ai gardé la CFE en complément. Les conventions France-Maroc m’ont permis de rester couvert efficacement. »
- Anna, 69 ans : « J’alterne six mois en Espagne, six mois en France. Les démarches sont plus simples dans l’UE : j’ai transmis mon S1 à la Sécu espagnole et mon mari bénéficie du même régime. On reçoit bien notre retraite chaque mois sur notre compte espagnol. »
Où trouver conseil et accompagnement ?
- CLEISS (www.cleiss.fr) : pour tout savoir sur les accords de sécurité sociale, formalités selon la destination, et formulaires à télécharger.
- Caisse des Français de l’étranger (CFE) : solution de couverture santé internationale.
- Consulat ou ambassade de France du pays choisi : registration, démarches, soutien en cas d’urgence.
- Retraite.com, service-public.fr et les caisses de retraite : guides pratiques, simulateurs de démarches en ligne.
- Notaires, associations de Français expatriés, forums spécialisés : pour obtenir des conseils personnalisés ou échanger des retours d’expérience.
Anticiper, c’est la clé : vivre sa retraite à l’étranger ne s’improvise pas, mais les démarches sont de mieux en mieux accompagnées. Plusieurs mois de préparation active, l’appui des organismes spécialisés et l’échange entre retraités déjà installés facilitent un déménagement réussi – sans perte de droits, sans angoisse inutile et avec l’assurance de savourer pleinement sa nouvelle vie.
En résumé : partir à la retraite à l’étranger, mode d’emploi raisonné
Que le choix d’un départ soit motivé par le climat, la fiscalité ou l’envie de nouveaux horizons, bien organiser son expatriation est indispensable. Anticiper les démarches administratives, adapter sa carrière de retraité aux contraintes locales, sécuriser sa santé et ses ressources, conserver ses droits sociaux ou éviter la double imposition : chaque détail compte ! Avec un projet mûri, une check-list claire et l’entourage de professionnels, profiter d’une retraite heureuse à l’international devient simple et bien plus serein.