Aidants & proches

Comprendre les aides financières pour soutenir les proches aidants

Par Maxime
6 minutes

Prendre soin d’un proche : un engagement, mais aussi un défi financier

Chaque jour en France, près de 11 millions de personnes accompagnent, soutiennent, assistent ou protègent un proche malade, âgé, en situation de handicap ou en perte d’autonomie. Que l’on soit conjoint, parent, enfant, ami ou voisin, la vie d’aidant implique un investissement affectif, physique… et bien souvent matériel ou financier. Pourtant, connaître les aides financières existantes et apprendre à s’y retrouver dans la « jungle » administrative reste un véritable parcours d’obstacles.

Cet article fait le point, de manière pratique et détaillée, sur les principales aides financières mises en place pour soutenir les proches aidants. Objectif : faciliter vos démarches et vous permettre de mieux organiser votre quotidien.


Panorama des dispositifs d’aide financière pour les aidants

Toutes les situations ne se ressemblent pas, mais il existe en France plusieurs niveaux de soutien financier pour les aidants. On distingue :

  • Les aides destinées à l’aidé (elles peuvent « dédommager » ou rémunérer l’aidant, selon le contexte)
  • Les aides spécifiques à l’aidant : allocations, congés, droits sociaux particuliers
  • L’accompagnement via des associations, collectivités ou complémentaires santé

Allocation personnalisée d’autonomie (APA) : un soutien central

Toute personne âgée de 60 ans et plus, en perte d’autonomie, peut prétendre à l’APA. Ce dispositif, versé par les départements, sert principalement à financer l’aide humaine ou technique nécessaire au maintien à domicile. 

  • Impact pour l’aidant : l’APA peut servir à rétribuer un proche aidant, notamment si celui-ci devient salarié (hors conjoints, concubins ou PACS dans la grande majorité des cas).
  • Utilité : financement d’heures d’aide à domicile, achat de matériel, accueil temporaire pour répit, ou encore adaptation du logement.
  • Démarches : dossier auprès du conseil départemental. Les montants varient selon le degré de perte d’autonomie (GIR) et les ressources du bénéficiaire.

La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) : un dispositif spécifique

Pour les personnes en situation de handicap (quel que soit l’âge d’apparition du handicap), la PCH prévoit la prise en charge partielle ou totale de frais liés à l’aide humaine (aide à domicile, aide technique, aménagements, etc.).

  • Dédommagement de l’aidant familial : la PCH permet à un aidant (parent, conjoint, enfant, etc.) d’être dédommagé pour son rôle, selon un barème horaire indexé annuellement. Attention : ce n’est pas un salaire, mais une compensation pour le temps donné.
  • Dossiers et montants : la demande se fait auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Le montant varie selon l’aide fournie et la situation familiale.

Le congé de proche aidant et son indemnisation

Pour permettre aux actifs d’interrompre temporairement leur activité professionnelle pour accompagner un proche en perte d’autonomie, un congé de proche aidant existe :

  • Conditions : s’adresser à l’employeur, fournir des justificatifs quant à la dépendance du proche. Le congé est non rémunéré, mais peut être indemnisé depuis octobre 2020 grâce à l’allocation journalière du proche aidant (AJPA).
  • Montant de l’AJPA : environ 62 euros par jour (au 1er janvier 2024), versés par la CAF ou la MSA, durant 66 jours maximum sur la carrière.
  • Utilité : ce soutien, encore peu connu, vise à limiter la précarité des aidants qui « mettent leur vie entre parenthèses » pour aider leur proche au moment clé.

Le droit au répit : mieux soutenir les aidants épuisés

Reconnaissant l’épuisement physique et psychologique généré par l’engagement quotidien, le législateur a prévu une enveloppe spécifique dans l’APA et la PCH pour financer des solutions de « répit » : accueil temporaire de la personne aidée dans un établissement, solutions à domicile en remplacement, séjour de vacances adapté, etc.

  • En pratique : cette aide au répit est attribuée quand l’aidant doit s’absenter ou souffre d’épuisement avéré. Le montant peut aller jusqu’à 500 euros/an, et jusqu’à 1 000 euros si l’aidant est hospitalisé.
  • Démarches : solliciter ce volet spécifique auprès du service APA ou MDPH, en complément du dossier principal.

Zoom sur quelques aides moins connues mais précieuses


L’allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie

Si l’aidant cesse temporairement de travailler pour accompagner un proche en phase palliative (domicile, EHPAD, unité de soins), il peut bénéficier de cette allocation attribuée sous conditions (jusqu’à 21 jours, montant proche de l’AJPA, cumulable selon le nombre d’aidants).


Les compléments de la MSA, de la CAF ou d’assurances complémentaires :

Certaines caisses (agricoles, retraites, mutuelles complémentaires) prévoient une aide ponctuelle ou permanente pour les aidants, en fonction de leur situation personnelle, professionnelle ou familiale. Cela se traduit souvent par :

  • Des chèques emploi pour financer du répit ou de l’aide à domicile
  • Une assistance psychologique ou administrative
  • Des participations aux séjours de vacances adaptés

L’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) et ses compléments

Pour les parents aidants d’enfants en situation de handicap (avant 20 ans), l’AEEH et ses compléments servent à financer une partie des dépenses engendrées par le handicap (adaptations, recours à une tierce personne, etc.), voire compenser une diminution ou un arrêt d’activité.


Quels sont les critères généraux pour bénéficier d’une aide ?

  • Être un proche aidant « régulier et non professionnel » (parents, enfants, conjoints, voisins dans certains cas, hors salariés)
  • Accompagner une personne en situation de handicap ou de dépendance avérée (évalué par l’équipe médico-sociale ou la MDPH)
  • Dans certains cas, ne pas résider sous le même toit (pour éviter la présomption de solidarité familiale), mais ce critère évolue selon les dispositifs
  • Respecter des plafonds de ressources ou de patrimoine (variable selon l’aide)
  • Effectuer une demande auprès de l’organisme compétent (CAF, département, MDPH, caisse de retraite…)

Les démarches pratiques : comment s’y retrouver ?

Tous les dispositifs d’aide nécessitent des justificatifs détaillés : preuve du lien avec la personne aidée, certificat médical, évaluation de la perte d’autonomie ou du handicap, preuve d’arrêt de travail ou de baisse d’activité (dans le cas des congés).

Voici quelques conseils méthodologiques pour ne rien oublier :

  1. Se faire accompagner dans la préparation du dossier : par un centre communal d’action sociale (CCAS), une grande association (France Alzheimer, AFA, APF France Handicap), ou un conseiller retraite/CAF/MSA.
  2. Bien conserver toutes les preuves des heures consacrées à l’aide, surtout si un dédommagement horaire est sollicité (planning, attestations, courriers).
  3. Anticiper les délais : le traitement varie de quelques semaines à plusieurs mois selon la complexité de la situation.
  4. Relancer, demander la liste des pièces manquantes et ne pas hésiter à solliciter les dispositifs de médiation en cas de refus ou de difficulté d’accès.

Check-list : les étapes essentielles pour bénéficier d’une aide

  1. Évaluer le niveau de dépendance ou de handicap du proche (GIR, taux d’incapacité)
  2. Déterminer l’aide adaptée (APA, PCH, AJPA, AEEH...)
  3. Prendre rendez-vous avec l’assistant(e) social(e) ou un conseiller
  4. Constituer un dossier complet avec justificatifs
  5. Suivre l’avancement des démarches en ligne ou par téléphone
  6. Faire valoir ses droits en cas de changement de situation (aggravation de l’état de santé, hospitalisation de l’aidant, reprise d’activité…)

Témoignages d’aidants : comprendre l’importance du soutien financier

  • Sylvie, 58 ans : « J’ai arrêté de travailler un temps pour accompagner ma mère atteinte d’Alzheimer. L’allocation journalière m’a permis de tenir financièrement. Sans ça, je n’aurais pas pu poursuivre ce rôle aussi longtemps, c’est une vraie reconnaissance. »
  • Jean-Marc, 65 ans : « Je me suis informé tard pour la PCH. Maintenant, mon fils me dédommage par ce biais : ce n’est pas beaucoup, mais cela compense pour les loisirs ou les frais de transport. »
  • Yamina, 48 ans : « La MSA m’a proposé une aide ponctuelle pour financer un séjour de répit, cela m’a permis de souffler et de revenir plus sereine pour ma sœur. »

Bonnes pratiques : organiser son quotidien et oser demander de l’aide

  • Utiliser les associations spécialisées pour être accompagné
  • Lister les tâches réalisées pour son proche afin de se valoriser
  • Se tenir informé des nouveaux droits sur le site www.aidants.fr et les portails départementaux
  • Oser demander un « bilan d’aidance » auprès de son médecin ou du CCAS, pour faire le point sur le besoin de relais ou de soutien financier

Ressources utiles pour s’informer, se faire aider, réclamer ses droits

  • Portail national d’information pour les aidants: www.aidants.fr
  • Maisons départementales de l’autonomie: pour les demandes APA, PCH ou évaluation de situation
  • France Alzheimer, APF France Handicap, AFA Crohn, Fédération nationale des aidants: accompagnement, ateliers et assistance juridique
  • CAF, MSA, caisses de retraite: simulateurs en ligne, demandes, suivi de dossier
  • Points d’information locaux (CCAS, Maisons France Services): informations sur l’action sociale, l’accompagnement administratif et psychologique
  • Associations locales d’aide à domicile: conseils pour embauche ou dédommagement d’un proche aidant

« Être aidant, ce n’est pas seulement donner de son temps : c’est aussi accepter qu’un soutien financier est possible, parfois vital. Il n’y a pas de honte à demander de l’aide, l’important est de se préserver et de faire reconnaître la valeur de son engagement. »

En résumé : mieux s’informer, s’entourer, s’affirmer

Les aides financières destinées aux aidants ne remplacent pas l’engagement personnel, mais elles constituent un filet de sécurité souvent indispensable. Pour les obtenir, il faut accepter de se projeter dans la durée, d’anticiper les changements de situation et de ne pas rester isolé face à la complexité administrative.

Informez-vous, faites-vous accompagner, prenez soin de vous autant que de votre proche : l’aidance est une histoire de solidarité, mais aussi d’équilibre. Les dispositifs évoluent sans cesse : restez curieux, alertez votre entourage, et n’hésitez pas à partager vos astuces et retours d’expérience sur les forums ou groupes d’entraide en ligne.

Pour que l’aide à un proche reste un acte d’amour… sans devenir un frein à votre propre vie.

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