Aidants & proches

Le rôle de la communication positive entre aidants et proches

Par Maxime
5 minutes

La communication positive, pilier de la relation aidant-proche


Au cœur du soutien quotidien, la qualité de la communication entre un aidant et la personne aidée façonne la relation, la confiance et le bien-être de chacun. Face à l’avancée en âge ou à la perte d’autonomie, instaurer un dialogue bienveillant devient un enjeu incontournable. La communication positive, loin d’être un simple concept, se révèle un outil précieux pour renforcer le lien, prévenir les conflits et maintenir une dynamique familiale harmonieuse.


Définition et enjeux d’une communication constructive


La communication positive repose sur l’écoute, l’empathie, la valorisation et le respect de chacun. Elle consiste à privilégier l’expression des besoins et des ressentis, tout en évitant jugements, reproches ou interdictions. Ce mode d’échange est particulièrement essentiel dès lors que l’on intervient auprès d’un proche âgé, souvent fragilisé par la maladie, la dépendance ou la solitude.


Les enjeux sont multiples :

  • Préserver la dignité et l’autonomie de la personne aidée
  • Prévenir l’épuisement et la démotivation de l’aidant
  • Favoriser les prises de décisions partagées
  • Désamorcer frustrations, tensions ou méprises
  • Maintenir un climat de confiance, même face à des sujets sensibles comme la perte d’indépendance ou l’arrivée de tiers professionnels


Pourquoi une communication difficile s’installe-t-elle souvent ?


Au quotidien, la communication peut rapidement devenir source d’incompréhensions, surtout lorsque les rôles changent. L’aidant, souvent issu du cercle familial, bascule d’une relation égalitaire à une position de « pilier », ce qui peut bouleverser les équilibres. Fatigue, manque de temps, stress, culpabilité ou peur de blesser l’être cher viennent alors brouiller les intentions positives.


De leur côté, les personnes aidées peinent parfois à formuler leurs besoins ou à accepter l’aide, craignant de devenir un poids. Les problèmes d’ouïe, des troubles de la mémoire ou un sentiment d’injustice accentuent la difficulté à bien se comprendre.


Les clefs de la communication positive


Pour assainir les échanges, il ne s’agit pas d’adopter un optimisme de façade, mais de poser quelques fondations solides :


  • Ecoute active : Se rendre pleinement disponible, reformuler ce qu’on a compris pour éviter les malentendus et montrer à l’autre qu’il est entendu et reconnu dans ses ressentis.
  • Formulation positive : Privilégier les tournures affirmatives (« voudrais-tu… » plutôt que « il ne faut pas… »), valoriser les progrès ou les efforts, féliciter sincèrement.
  • Expression des émotions : Dire ce que l’on ressent, exprimer ses limites (« je me sens fatigué aujourd’hui »), apporter une dose d’authenticité dans la relation, sans culpabiliser l’autre.
  • Recherche de solutions ensemble : Impliquer le proche aidé dans les décisions, l’encourager à verbaliser ses préférences et, autant que possible, co-construire le planning ou les solutions à envisager.
  • Respect du rythme de chacun : Éviter d’imposer ou de précipiter les changements, laisser du temps pour s’approprier les évolutions de la situation.

Exemples concrets : formules à adopter et pièges à éviter


  • Plutôt que : « Tu ne fais jamais d’effort pour sortir, tu vas finir isolé »
    Essayez : « Je comprends que tu préfères rester à la maison, mais peut-être qu’une petite promenade ensemble aujourd’hui te ferait du bien ? »
  • Au lieu de : « Tu oublies tout, ce n’est plus possible ! »
    Essayez : « Il me semble que tu as du mal à retrouver certains souvenirs, veux-tu que l’on note les rendez-vous ensemble pour s’aider ? »
  • Évitez les “il faut” gênants comme : « Il faut que tu prennes ta douche maintenant ! »
    Préférez : « Est-ce que tu préfères prendre ta douche maintenant ou plus tard ? »

L’objectif : favoriser le sentiment d’être acteur de sa vie, renforcer la fierté et la coopération, tout en évitant l’infantilisation.


Quels bénéfices pour l’aidant et pour le proche ?


  • Côté aidant : Moins de sentiment d’injustice ou de frustration, moins de conflits, et une relation plus gratifiante. La communication positive amoindrit la sensation de solitude ou d’incompréhension, et limite le syndrome d’épuisement.
  • Côté aidé : Plus grande confiance en soi, moins de sentiment de gêne ou de honte, sentiment d’être respecté dans ses choix et ses rythmes, meilleur moral.

Sur le long terme, instaurer ce type de communication offre un climat serein, préserve la complicité et permet de mieux affronter les moments plus difficiles.


Astuces pour instaurer et entretenir le dialogue positif


  1. Rituels de dialogue : Prendre quelques minutes chaque jour pour aborder un sujet léger, remercier, partager un souvenir ou une anecdote agréable.
  2. Posture ouverte : S’asseoir à la hauteur du proche, croiser le regard, toucher la main si cela est apprécié, éliminer les distractions.
  3. Respect du silence : Accepter les moments où le dialogue ne vient pas, ou laisser à l’aidé le temps de répondre sans combler le « vide ».
  4. Humour et autodérision : Apaiser les tensions par une note légère, sans minimiser les difficultés mais en dédramatisant.
  5. Consulter des tiers neutres : En cas de blocages, ne pas hésiter à solliciter un médiateur familial, un psychologue ou un conseiller d’écoute, disponibles via les associations ou les plateformes d’accompagnement des aidants.

Paroles d’aidants et de proches : témoignages


  • Claire, 62 ans, aidante de sa mère : « J’ai longtemps voulu “tout faire bien”. J’ai compris qu’écouter vraiment maman et lui demander son avis changeait tout. Sa confiance s’est renforcée. On rit plus, même dans les difficultés. »
  • Jean, 72 ans, aidé par sa fille : « J’avais du mal à accepter qu’elle prenne des décisions pour moi. Maintenant, elle m’explique toujours son point de vue, on cherche ensemble comment organiser mes journées. Je me sens plus respecté. »
  • Nadia, aidante familiale : « Les ateliers de communication du CCAS m’ont éclairée sur la force des mots simples et la patience. Prendre cinq minutes, poser une question ouverte, ça change la relation sur la durée. »

Checklist pratique : améliorer la communication au quotidien


  1. Écouter sans interrompre, reformuler pour valider la compréhension
  2. Éviter les injonctions, privilégier les choix possibles
  3. Exprimer ses émotions et ses besoins, demander ceux de l’autre
  4. S’intéresser à la vie, aux souvenirs et aux envies du proche
  5. Adopter un ton calme et une posture rassurante
  6. Installer un rituel de discussion ou une journée sans sujet d’aide (sortie, jeu, musique...)
  7. Utiliser supports visuels (post-it, carnets, photos pour stimuler la mémoire et amorcer les discussions)
  8. Ne pas hésiter à se former : ateliers d’écoute, groupes de parole, lectures spécialisées

Ressources et accompagnement


  • Plateformes de répit aidants : Ateliers et groupes de parole disponibles dans de nombreuses villes (renseignements via les CCAS)
  • France Alzheimer, Association française des aidants, APF France Handicap : Guides, fiches pratiques et formations accessibles en ligne
  • Lignes d’écoute nationale : France Alzheimer (0 805 727 727), le Plateforme Aidants (0 800 360 360)
  • Livres conseillés : « L’art de la communication positive », « Prendre soin sans s’oublier »

Une parole bienveillante peut transformer la dynamique d'une relation d’aide. La communication positive n’efface pas la difficulté d’être aidant ou aidé, mais elle offre un chemin pour garder confiance, respect et dynamisme au cœur du quotidien — et cela vaut à tout âge et à chaque étape de l’accompagnement.

En résumé : miser sur la bienveillance au service du lien


Nourrir un échange constructif, c’est offrir mieux qu’un soutien : c’est insuffler du sens, de la fierté et de la complicité dans la relation aidant-proche. Chacun peut s’inspirer de gestes simples et d’outils concrets pour progresser vers plus de sérénité, même quand tout n’est pas parfait. La communication positive, loin d’être innée, se cultive — elle ouvre la voie à une cohabitation harmonieuse, protège la santé morale et physique du binôme et rappelle, chaque jour, que vieillir accompagné, c’est aussi partager du dialogue et du respect mutuel.

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