Accompagner les aidants : panorama des ressources et soutiens en 2024
En France, plus de 11 millions de personnes soutiennent au quotidien un proche en perte d’autonomie, malade, ou en situation de handicap. Un engagement qui, s’il est essentiel et porteur de sens, peut aussi générer fatigue, isolement ou sentiment d’impuissance. Fort heureusement, l’accompagnement des aidants s’améliore année après année grâce à une évolution législative, la mobilisation des associations et la création de nouveaux dispositifs pratiques.
Tour d’horizon des aides concrètes, informations utiles et conseils méthodologiques pour mieux vivre son rôle d’aidant en 2024.
Comprendre le statut et les réalités des aidants
On considère comme "aidant" toute personne qui vient en aide, de façon régulière ou fréquente, à un proche atteint d'un handicap, d'une maladie chronique ou d'une perte d’autonomie, qu’il soit parent, conjoint, enfant, voisin ou ami. Ce soutien peut être matériel, administratif, émotionnel, médical ou financier.
Aujourd’hui, près de la moitié des aidants poursuivent une activité professionnelle en parallèle de leurs missions — rendant la conciliation vie personnelle, professionnelle et rôle d’aidant parfois complexe. En 2024, de nouveaux droits et ressources voient le jour pour alléger leur quotidien.
Les principaux dispositifs publics et aides financières en 2024
- Le congé proche aidant : il permet de s’absenter jusqu’à 3 mois (renouvelables sous conditions) de son emploi pour accompagner un proche dépendant, tout en percevant une allocation journalière (AJPA, réévaluée chaque année). Il est accessible dès lors que le proche aidé a une reconnaissance MDPH, perçoit l’APA ou un taux d’incapacité supérieur à 80%.
- L’allocation journalière du proche aidant (AJPA) : en 2024, elle s’élève à près de 63€ par jour pour une personne seule (revalorisation annuelle possible), dans la limite de 66 jours sur la carrière.
- L’aide au répit de l’APA : réservée aux aidants non professionnels s’occupant d’un bénéficiaire de l’APA à domicile. Elle finance l’intervention temporaire d’un professionnel ou l’hébergement court du proche aidé afin de soulager l’aidant si indispensable (jusqu’à 600€ de prise en charge par an, cumulables avec d’autres aides selon situation).
- Majoration de la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) : possible pour les parents aidants d’enfants ou d’adultes en situation de handicap vivant à domicile, majoration variable selon l’intensité de l’aide à apporter.
- Crédit d’impôt et droits à la retraite : certains frais engagés peuvent ouvrir droit à un crédit d’impôt de 50% (emploi d’un salarié à domicile, aide-ménagère), et une validation de trimestres de retraite (sous conditions pour les aidants d’un enfant handicapé ou d’un conjoint en GIR 1 ou 2).
Les relais et solutions de répit pour souffler et se ressourcer
Prendre soin de soi est parfois le premier défi de l’aidant. De nombreuses formules permettent de déléguer une partie des tâches ou d’organiser de courtes pauses sans sentiment de culpabilité.
- L’hébergement temporaire du proche : accueil en établissement (Ehpad, résidence autonomie, foyer de vie…) pour quelques jours ou semaines, sur prescription sociale ou médicale.
- L’accueil de jour ou de nuit : solution intermédiaire adaptable à la journée ou à l’heure, particulièrement développée pour les troubles cognitifs ou maladies neurodégénératives.
- Les plateformes de répit : lieux ressources permettant d’informer, de former et d’écouter les aidants, avec souvent un soutien psychologique individuel et des sessions collectives.
Exemples : Atelier Bien-être, groupes de parole, relaxation, sophrologie, ateliers mémoire en duo aidant-aidé. - Les dispositifs de relayage : intervention au domicile par un duo de professionnels formés, prise en charge partielle par les caisses de retraite ou les collectivités.
À repérer localement : réseaux Alzheimer, mutuelles, CCAS, MSA, etc.
Accompagnement psychologique et formations pour aidants
- Les Espaces d’Information et d’Accompagnement des aidants (EIAA) : présents sur tout le territoire, ils offrent entretiens individuels, conseils sur mesure, documentation et orientation vers les bons interlocuteurs.
- Les formations à distance, en présentiel ou hybrides : de nombreuses associations (France Alzheimer, Association Française des Aidants, Halte Répit, La Compagnie des Aidants…) proposent des modules gratuits ou à tarif modique pour mieux comprendre la pathologie du proche, maîtriser les gestes de premier secours, anticiper les difficultés administratives ou protéger sa santé.
- L’écoute psychologique : via plateformes téléphoniques dédiées, consultations en ligne ou en physique prises en charge (partiellement ou totalement) par certaines mutuelles, collectivités ou dans le cadre de l’Aide au répit.
Solutions innovantes et nouveaux services en 2024
L’accompagnement des aidants est aussi porté par une vague d’innovations numériques et sociales automne 2023/2024 :
- Applications mobiles : gestion du planning de soins, partage d’informations avec d’autres membres de la famille, alertes, carnet de liaison numérisé. Exemples : Aidant Connect, Ma Boussole Aidants, App’ELLES ou Ammy.
- Dispositifs de coordination à domicile : portails en ligne dédiés, solutions d’assistance à la prise de rendez-vous et livraison de médicaments, services de télémédecine (France Services, Maisons pour l’Autonomie et l’Intégration des malades d’Alzheimer – MAIA).
- Assurances et aides complémentaires : certaines mutuelles proposent dorénavant des packs aidants (conseil juridique, hotline psychologique, stage bien-être ou apport d’un "Aidant pro" à domicile selon l’urgence).
Checklist : démarches clés pour les aidants en quête de soutien
- Évaluer ses besoins d’aide (répit, aides financières, conseils juridiques, soutien psychologique...)
- Contacter la mairie, le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), ou le Point d’Information Local pour l’Autonomie (PILA) pour cartographier les dispositifs locaux.
- Se rapprocher de sa caisse de retraite ou de sa mutuelle pour vérifier éligibilité à des prestations complémentaires (aides ménagères, chèques emploi service, soutien psychologique).
- Prendre rendez-vous avec une plateforme de répit pour un entretien d’évaluation.
- S’informer sur les droits à congé et les allocations via le site officiel service-public.fr, et constituer les dossiers auprès de la CAF/MSA et de son employeur le cas échéant.
- Participer à une session d’information ou formation pour s’outiller face à la maladie du proche.
Retours d’expérience : paroles d’aidants en 2024
- Claire, 58 ans : « Le congé proche aidant m’a permis de souffler lors de l’hospitalisation de mon père. J’ai pu organiser les retours à domicile plus sereinement grâce au soutien administratif de la plateforme locale. »
- Marc, 65 ans : « La formation en ligne sur la maladie d’Alzheimer m’a aidé à comprendre certains gestes du quotidien et à oser demander du relais. On se sent moins seul lorsqu’on partage avec d’autres familles. »
- Sophie, 62 ans : « J’ai découvert qu’en parlant à ma mutuelle, j’avais droit à des séances gratuites avec une psychologue. Cela permet de déposer ses inquiétudes et de trouver du temps pour soi. »
Ressources pratiques pour aidants en 2024
- France Services : pour un accompagnement administratif, social et numérique de proximité.
- Maboussoleaidants.fr : repérage géolocalisé de tous les dispositifs proches de chez soi.
- Association Française des Aidants, France Alzheimer, Handéo : supports pédagogiques, forums, ateliers, formation et écoute anonyme.
- Conseil départemental et CAF/MSA : demande de congé, allocation proche aidant, point sur APA et PCH.
- Plateformes locales et centres ressources maladies rares : informations ciblées (maladies rares, maladies neuro-évolutives, handicaps spécifiques…).
Prendre soin d’un proche, c’est tenter de toute son énergie d’offrir sécurité et qualité de vie à une personne chère. Mais c’est aussi se ménager soi-même pour préserver ce lien dans la durée. Solliciter les aides, demander du relais, se former ou rejoindre un groupe d’entraide n’est jamais égoïste : c’est assurer un accompagnement respectueux où l’aidant n’est pas l’oublié de la solidarité. En 2024, de nouveaux droits apparaissent, mais la vraie clé reste de libérer la parole et d’oser frapper aux bonnes portes.
En résumé : s’autoriser à être aidé… pour mieux aider
Être aidant demande compétences, force morale et organisation, mais surtout la conviction qu’on ne doit pas porter seul ce rôle indispensable. Les dispositifs d’accompagnement s’enrichissent chaque année, tandis que la structuration de véritables "trajets aidants" permet de répondre à chaque étape de la vie du proche accompagné.
N’hésitez pas à dresser la liste de vos besoins, à vous informer localement, à intégrer un atelier ou groupe de parole, et à activer vos droits dès l’apparition des premiers signes d’épuisement. Ainsi, chacun peut cheminer plus sereinement sur la route, parfois longue, de l’accompagnement dompté.
Seniorsactifs.fr vous propose toute l’année check-lists, guides pratiques et sélection des innovations pour aidants et familles. Préservez-vous pour préserver l’autre : c’est l’enjeu de 2024… et des années à venir.