Aidants & proches

Mobiliser la famille et l’entourage : astuces pour mieux partager la charge

Par Maxime
6 minutes

Réussir l’entraide familiale au quotidien : enjeux et principaux freins


L’accompagnement d’un proche en perte d’autonomie concerne aujourd’hui des millions de familles françaises. Que ce soit pour soutenir un parent âgé, un conjoint fragilisé ou un voisin de longue date, la charge des aidants est bien réelle : tâches administratives, organisation de l’aide à domicile, gestion des rendez-vous médicaux, soutien psychologique… Trop souvent, le poids de ces responsabilités repose sur une seule personne, avec des conséquences sur la santé, la vie professionnelle et les relations familiales. Pourtant, il est possible – et souhaitable – de mobiliser davantage l’entourage, pour que chacun participe selon ses possibilités.

Voici des astuces concrètes, des idées testées, mais aussi des points de vigilance pour partager la charge, préserver l’équilibre et maintenir une dynamique de soutien dans la durée.


Comprendre la « charge d’aidance » : savoir en parler, pouvoir agir


La première étape consiste à identifier ce qui compose réellement la charge de l’aidant : ce n’est pas uniquement le temps consacré, mais aussi la charge mentale (anticiper, organiser, négocier, être vigilant...) et émotionnelle (inquiétudes, décisions difficiles, sentiment de culpabilité…). Cette réalité est encore souvent sous-estimée, y compris par l’entourage proche.

Il est donc essentiel d’oser verbaliser ce que l’on ressent et de nommer ses besoins. Expliquer, sans dramatiser ou imposer sa propre vision, permet de sortir de l’isolement et d’ouvrir le dialogue avec famille, amis, voisins ou groupes associatifs locaux.


Première clé : organiser une réunion familiale « pratico-pratique »


  1. Anticipez le temps d’échange : Réservez une soirée, un week-end ou organisez une visioconférence si des membres de la famille habitent loin.
  2. Listez objectivement les tâches à accomplir : courses, ménages, démarches administratives, visites chez le médecin, accompagnement aux loisirs, écoute et présence, gestion du budget…
  3. Faites circuler l’information à l’avance : Cela évite la surprise ou le sentiment de pression.
  4. Encouragez chaque participant à exprimer ses disponibilités, mais aussi ses limites.
  5. Décidez ensemble des rôles à répartir : certaines tâches peuvent être prises en charge à distance (paiement de factures, gestion budgétaire…), d’autres nécessitent une présence physique.
  6. Actez l’organisation par écrit : Un planning partagé (même succinct) sur papier ou en ligne est un outil précieux pour visualiser l’engagement de chacun et anticiper les absences.

Conseil : structurez la rencontre dans la bienveillance, sans jugement. Rappelez que même une implication ponctuelle est précieuse et que la situation évoluera certainement avec le temps.


Mobiliser l’entourage élargi : casser les idées reçues


  • Amis, voisins, membres associatifs : Ne sous-estimez pas la capacité d’aide des personnes extérieures à la famille. Beaucoup souhaitent « donner un coup de main » sans oser proposer, par peur de déranger. Parlez-en naturellement autour de vous et laissez les initiatives se proposer.
  • Petits-enfants et adolescents : Proposer à la jeune génération de téléphoner régulièrement, d’accompagner à un rendez-vous ou d’apporter de l’aide numérique (maîtrise d’un smartphone, vidéoconférence…) peut être valorisant et un véritable « booster » de lien intergénérationnel.

Astuces pour un partage efficace (et réaliste) de la charge


  • Fractionner les tâches : Au lieu de chercher à déléguer une « grosse » responsabilité (par exemple tout l’administratif ou tous les rendez-vous), découpez en séquences gérables pour différents membres.
  • Capitaliser sur les atouts de chacun : Celui qui maîtrise mieux Internet peut centraliser les prises de rendez-vous médicaux via Doctolib, par exemple ; un autre, plus mobile, ira déposer des documents ou rendre des visites de courtoisie.
  • Institutionnaliser les relais : Prévoyez, dès que possible, des suppléants ponctuels (soeurs, cousins, amis proches), même pour une journée ou un week-end par mois, afin d’éviter l’épuisement de l’aidant principal.
  • Centraliser l’information : Utilisez un carnet de suivi partagé, une feuille ou une application familiale pour noter les éventements importants, les médicaments, les doléances du proche aidé.
  • Faire appel ponctuellement à des professionnels (aide à domicile, assistante sociale, portage des repas) pour alléger la pression sur la famille.

Exemple de planning collaboratif à tester


  • Lundi : Visite et courses par le voisin disponible, suivi des médicaments par la petite-fille (appel téléphonique).
  • Mercredi : Après-midi discussion-souvenirs avec un bénévole de l’association locale d’accompagnement, ménage assuré par une aide extérieure.
  • Vendredi : Dossier administratif traité en visioconférence par les enfants éloignés.
  • Week-end : Promenade au parc avec un cousin, relai de l’aidant principal pour souffler et consacrer du temps à ses propres enfants.

Évidemment, ce modèle s’adapte au contexte de chacun, mais donne une trame concrète pour éviter la surcharge du même membre.


Écoute et reconnaissance : deux leviers pour motiver l’entourage


  • Dîtes « merci » et valorisez les petits gestes : La reconnaissance, même symbolique, motive l’entourage à poursuivre son implication.
  • Gardez le dialogue ouvert : Planifiez régulièrement (par exemple tous les deux mois) un bilan rapide entre les parties prenantes pour réajuster les missions, et permettre à chacun d’exprimer difficultés, fatigue ou suggestions.
  • Acceptez la flexibilité : Les emplois du temps changent, les motivations fluctuent. Mieux vaut ajuster que renoncer.

Pensez également à vous entourer psychologiquement : groupes d’échange, cafés des aidants, forums en ligne peuvent briser la solitude des aidants et ouvrir à de nouvelles solutions.


Rôle de la médiation familiale : quand le partage bloque


Des tensions, des non-dits ou de vieilles rivalités peuvent compliquer le partage de l’aide. Dans ce cas, l’appui d’un tiers extérieur, comme un médiateur familial, est vivement recommandé. Son rôle n’est pas de trancher, mais d’aider le groupe à mieux communiquer, à entendre les points de vue et à construire un compromis viable pour tous.


Ce type d’accompagnement est accessible via les centres d’action sociale, maisons d’information des aidants ou certaines associations de soutien aux familles (voir ressources en fin d’article).


Retours d’expérience : des familles témoignent


  • Claire, 58 ans : « Avec mes deux frères, nous étions loin de nos parents. On s’est réparti les tâches : mon frère gère Internet depuis Nantes, moi la partie médicale car j’habite à 10 km, et notre cadet appelle chaque soir. On utilise un google agenda partagé, on se sent tous concernés sans être débordés. »
  • Michel, 64 ans : « Quand Papa est tombé malade, je voulais tout faire. J’ai fini par craquer. Une cousine a proposé de prendre le relais pour les visites à l’hôpital et cela a tout reposé. J’ai appris à lâcher prise, à faire confiance à l’entourage. »
  • Lina, 31 ans : « Mes grands-parents m’ont élevée. Aujourd’hui, j’organise des appels avec mes cousins à tour de rôle et je gère leurs démarches en ligne. On ne se voyait pas si souvent avant, mais la maladie a réuni toute la famille. »

Check-list pratique : mobiliser et partager la charge en 6 étapes


  1. Dit-on clairement qu’on a besoin d’aide ? Parler sans honte de ce qui fatigue ou inquiète.
  2. Identifie-t-on toutes les tâches (grandes et petites) à répartir ?
  3. Réunit-on physiquement, par téléphone ou visioconférence les principaux acteurs ?
  4. Pense-t-on à solliciter voisins, amis et associations locales ? Chaque relais compte.
  5. Écrit-on noir sur blanc le planning, en tenant compte des limites de chacun ?
  6. Planifie-t-on un bilan régulier pour réajuster et remercier ?

Outils et ressources pour s’organiser


  • Applications de gestion du temps : Google Agenda, Familizz, Hoppen Care, pour visualiser et partager tâches et rendez-vous.
  • Carnets de liaison ou cahiers de suivi à remplir à domicile (disponibles en pharmacie ou auprès de certaines mutuelles).
  • Réseaux locaux d’entraide : CCAS (Centres communaux d’action sociale), associations de quartiers, plateformes d’accompagnement à la parentalité ou à la perte d’autonomie.
  • Médiateur familial : À contacter auprès des maisons des familles, caisses de retraites, centres d’information pour aidants.
  • Groupes d’échange (Cafés des Aidants, forums spécialisés en ligne) : pour partager des retours d’expérience et prendre du recul.

Prendre soin d’un proche ne doit pas être un fardeau solitaire, mais une aventure humaine partagée, faite de solidarité, d’écoute et de respect des rythmes de chacun. Oser demander de l’aide, se coordonner et se remercier, c’est aussi ouvrir la porte à une nouvelle forme d’unité familiale.

Gardez en tête : toute mobilisation est précieuse, même partielle !


Chaque famille possède ses propres atouts et ses contraintes, mais tous les « petits coups de main » sont utiles. Il n’est jamais trop tard pour proposer une nouvelle organisation ou remercier un proche pour sa participation, même modeste. Mobiliser la famille et l’entourage, c’est oser demander, savoir écouter, accepter de lâcher prise et reconnaître la valeur de chaque geste. L’accompagnement des proches n’est pas un sprint, mais une course de relais, où chacun peut trouver sa juste place à tour de rôle.


Articles à lire aussi
seniorsactifs.fr