Aidants & proches

Soutien psychologique : où trouver de l’aide quand on se sent dépassé en tant qu’aidant

Par Maxime
6 minutes

Épuisement, solitude, stress : le vécu invisible des aidants


Assumer le rôle d’aidant, qu’il s’agisse d’un parent, d’un conjoint, d’un enfant ou d’un ami, n’est jamais anodin. On estime en France à plus de 11 millions le nombre de personnes qui assistent régulièrement un proche dépendant, malade ou en situation de handicap. Ce « don de soi » admirable s’accompagne bien souvent d’émotions contrastées : satisfaction de rendre service, mais aussi surcharge mentale, anxiété, fatigue, ou sentiment de solitude.
Quand la situation s'installe dans la durée, il devient essentiel de reconnaître ses limites et de ne pas s’isoler. Pourtant, demander de l’aide n’est ni simple, ni instinctif. Où se tourner pour trouver un appui psychologique ou moral ? Quels acteurs peuvent vous soutenir en tant qu’aidant ? Tour d’horizon des solutions concrètes et retours d’expérience pour prendre soin de soi… tout en continuant d’aider.


Comprendre le « syndrome d’épuisement » de l’aidant


Le quotidien d’un aidant regorge de tâches : soins, rendez-vous médicaux, démarches administratives, coordination avec les professionnels, gestion du foyer… Cette charge s’ajoute parfois à une activité professionnelle ou familiale déjà dense. Avec le temps s’installe souvent un risque de burn-out de l’aidant, comparable à une usure profonde tant psychique que physique.


  • Symptômes d’alerte : troubles du sommeil, irritabilité, repli sur soi, sentiment d’impuissance, douleurs somatiques, pleurs spontanés, désintérêt pour ses propres loisirs…
  • Impact sur le lien aidant-aidé : montée de tensions, fatigue relationnelle, moins de patience, parfois même un sentiment de culpabilité à penser à soi.

Il est donc primordial de repérer ces signaux et d’oser demander du soutien. Prendre soin de sa santé mentale, c’est aussi mieux accompagner son proche au fil du temps.


Un premier pas : parler, être écouté(e) sans jugement


Mettre des mots sur ce que l’on ressent, rompre le silence, restent les clés pour amorcer un changement. Plusieurs options s'offrent à vous :


  • Parler à son entourage: amis, famille, voisins... même si l’on craint de « déranger », faire part de ses difficultés ou simplement douter permet souvent d’ouvrir le dialogue et de recevoir un réconfort immédiat.
  • Appeler un service d’écoute: des lignes d’écoute anonymes et gratuites, comme Plateforme téléphonique des Aidants (0 805 66 62 66) ou France Alzheimer (0 811 112 112), offrent une oreille attentive et bienveillante. Elles permettent de se sentir moins seul et, parfois, d’être orienté vers un accompagnement adapté à sa situation personnelle.
  • Échanger avec d’autres aidants: rejoindre un groupe de parole, que ce soit en présentiel ou en visio, brise le sentiment d’isolement et offre des pistes pour mieux vivre son rôle d’aidant. Les réseaux associatifs locaux et centres communaux d’action sociale (CCAS) proposent souvent ce type de rendez-vous.

Professionnels à solliciter pour un accompagnement psychologique


Contrairement à certaines idées reçues, le soutien psychologique n’est pas réservé à « ceux qui vont mal », mais s’adresse aussi à toute personne confrontée à un contexte exigeant, bouleversant, ou tout simplement déstabilisant.


  • Psychologues libéraux spécialisés en aidance: certains praticiens, parfois eux-mêmes anciens aidants, connaissent bien les problématiques liées à l'accompagnement d’un proche. Des séances peuvent aussi se faire à distance.
  • Points d’information et d’orientation (PAO): ces antennes départementales (Maisons des aidants, « plateformes d’accompagnement ») disposent de psychologues ou travailleurs sociaux dédiés. Un entretien d’évaluation permet de comprendre vos besoins, d’organiser un suivi individualisé ou d’orienter vers un professionnel adapté.
  • Consultations gratuites en structure: de nombreux dispositifs proposent un premier accueil gratuit (CCAS, centres hospitaliers, associations spécialisées) pour dénouer une situation de crise ou initier un suivi à plus long terme.

N’hésitez pas à solliciter également votre médecin traitant : il pourra évaluer votre état général, vous prescrire si besoin une prise en charge psychologique (remboursée dans certains cas), ou vous informer sur les réseaux de professionnels.


Se ressourcer : solutions pratiques pour s’accorder des pauses


L’équilibre naît de la capacité à souffler régulièrement, à préserver ou recréer des temps pour soi. Plusieurs dispositifs existent :


  • Accueil de jour ou répit à domicile: les associations d’aide à la personne, les CCAS ou les fédérations comme l’ADMR proposent des solutions d’accueil temporaire (relai à domicile, séjour en centre de répit, activités collectives pour la personne aidée) qui vous permettent de vous absenter quelques heures ou journée(s).
  • Plateformes de répit: issues de la loi ASV, elles ont pour mission de soutenir les aidants en leur proposant des temps de pause, des ateliers bien-être (yoga, relaxation, sophrologie), voire de l’accompagnement psychologique sur place.
  • Services de bénévolat: certaines associations (ex : France Répit, JALMALV, ASP) proposent le passage de bénévoles pour offrir un peu de distraction à l’aidé et du « temps libre » à l’aidant.

Check-list : comment amorcer une demande de soutien psychologique


  1. Reconnaître que l’épuisement ou la souffrance ne sont pas des signes de faiblesse mais de l’engagement durable, et souvent de manque de relais.
  2. Identifier dans son département la ou les « plateformes d’accompagnement et de répit », Maison des Aidants ou dispositifs de votre CCAS via www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr ou le service d’information 3977.
  3. Appeler une ligne d’écoute aidants pour évaluer, en quelques minutes, la nature de l’aide souhaitée et les partenaires disponibles.
  4. Fixer un premier rendez-vous avec un professionnel ou participer à un groupe d’échange, même ponctuellement : l’expérience montre qu’un simple entretien permet déjà d’alléger la charge mentale.
  5. Se ménager chaque semaine un moment ressourçant (lecture, marche, activité créative), quitte à demander à un proche de prendre le relai temporairement.

Témoignages : leur parcours vers un mieux-être


  • Éliane, 67 ans : « J’ai longtemps gardé mes inquiétudes pour moi, pensant que l’épuisement faisait ‘partie du job’. Après un appel à ma Maison des Aidants, j’ai accepté de rencontrer la psychologue, puis j’ai rejoint un groupe de paroles. J’y ai trouvé du réconfort et surtout, je culpabilise moins de prendre du temps pour moi. »
  • Patrick, 70 ans : « Le service social de la mairie m’a aidé à organiser des relais à domicile lorsque j’ai craqué. J’ai réalisé, avec le soutien d’un professionnel, qu’écouter ma propre fatigue, c’était protéger ma compagne autant que moi. »
  • Lucie, 75 ans : « Je me sentais très seule après le diagnostic d’Alzheimer de mon mari. Les ateliers sophrologie organisés par l’association locale d’aide aux aidants m’ont permis de souffler et d’apprendre à mieux gérer mes angoisses. »

Questions fréquentes sur le soutien psychologique aux aidants


  • Un aidant peut-il bénéficier d’un accompagnement spécifique même si l’aidé est en structure ? Oui, le rôle d’aidant crée une charge émotionnelle, même lorsque la personne aidée ne vit plus à domicile. Des dispositifs spécifiques existent pour les aidants « à distance ».
  • Les groupes de parole sont-ils vraiment utiles ? Beaucoup d’aidants témoignent de leur efficacité, notamment pour relativiser ses propres difficultés, s’inspirer de stratégies d’autres familles, prendre du recul et rompre l’isolement.
  • Faut-il prévenir la personne aidée si l’on consulte un psychologue ? Cela dépend du lien que vous entretenez, mais il n’est pas obligatoire d’en parler. Cette démarche est avant tout pour vous : prendre soin de soi n’est pas trahir la personne que l’on accompagne.
  • Comment financer un accompagnement psychologique ? Certaines séances sont prises en charge par la sécurité sociale (prescription médicale), d’autres par des associations ou dans le cadre du dispositif d’aide aux aidants (via APA ou PCH, selon situation). Renseignez-vous auprès de votre caisse de retraite ou du CCAS.

Ressources utiles pour être accompagné(e)


  • Lignes d’écoute : Plateforme téléphonique nationale 0 805 66 62 66 (gratuit), France Alzheimer 0 811 112 112
  • Associations d’aidants : Association Française des Aidants, France Répit, Aide aux Aidants
  • Annuaire des Maisons des Aidants: via www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr
  • Plan d’Accompagnement et de Répit : plateforme « Nos Aidants » sur adessadomicile.org
  • Groupes Facebook et forums : « La Pause des Aidants », « Soutien aux familles aidantes »… pour échanger conseils et encouragements.

En parler, c'est déjà avancer. Aucun aidant ne doit affronter la surcharge psychique seul : prendre le temps d’écouter ses besoins, utiliser les relais disponibles et s'autoriser à demander de l’aide, c’est aussi un acte d’amour envers son proche… et envers soi-même.

En résumé : solidarité, écoute, bienveillance… pour prendre soin de l’aidant aussi


Le soutien psychologique des aidants n’est ni un luxe, ni une solution de dernier recours. C’est un pilier pour préserver sa santé, son énergie et l’harmonie de la relation aidant-aidé. Plateformes, professionnels, temps de répit : il existe de nombreux outils pour sortir de l’isolement, alléger le fardeau émotionnel et retrouver de l’élan au quotidien.
N’attendez pas d’atteindre le point de rupture – un simple appel ou rendez-vous peut changer la donne. Le partage d’expérience, la solidarité entre aidants et le soutien de professionnels sont les garants, jour après jour, d’une vie plus sereine au service des autres, sans s’oublier soi-même.


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